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dimanche 27 mai 2018

RECIT DE COURSE : Trail Napoléon 2018 43km/1800mD+

Hello les amis 👋

Je suis heureuse de vous retrouver ici pour vous raconter ma course sur l'île de Beauté ! Une course qui marque définitivement ma volonté d'augmenter petit à petit les distances, et une course qui correspond à ce que j'aime faire en ce moment : 30-40km.

Une course, pour moi, c'est toujours la même histoire : l'excitation au moment de l'inscription, la culpabilité le lendemain, le découragement face à l'ampleur de la tâche lors des semaines d'entraînement, le stress les jours avant, l'impatience des heures précédentes et l'impression de zénitude la plus totale quand le coup de feu retentit.

Même si l'entraînement est en dents de scie à cause du travail, j'en ai tout de même un peu dans les jambes et ça laisse présager de bonnes choses pour cette journée qui s'annonce chaude et humide. Pourquoi la Corse ? Parce que nous y passions la semaine, et que nous ne ratons pas l'occasion d'y courir ! La dernière fois, c'était il y a 3 ans, et que de souvenirs sur ce Tavignanu Trail ! Bref, là c'est tout un autre registre, avec du dénivelé tout de même (1800mD+ sur 43km) mais en petites bosses entre Ajaccio et les Iles Sanguinaires.
7h30. La ville est encore endormie, le jour s'est levé depuis peu et nous sommes prêts, en tenue et très motivés pour affronter ces 43km qui nous attendent. Plus de 250 coureurs sont là, prêts également à en découdre. Et il y a du beau monde : Perreti et Viet sont là, et ils vont sans doute s'affronter pour tenter de se hisser sur la plus haute marche du podium aujourd'hui.
Revenons un peu à moi. Le but : franchir la ligne d'arrivée, et tant qu'on y est, si je peux faire moins de 7h ce serait parfait. Yannick sera mon lièvre, il est bien plus en forme que moi en ce moment, il va m'aider à aller jusqu'au bout. Aller, feu c'est PARTI ! 

Je pars doucement, la Fanny c'est toujours pas un cheval de course... Mais dans cette montée régulière, je me sens hyper à l'aise. Bien évidemment, il y a du monde sur le single dans le bois des anglais, mais c'est un rythme qui me va bien, j'arrive même à doubler quelques coureurs. Je fais mon petit bout de chemin, trouve un souffle et un rythme qui permettent de ne pas me griller. Un seul truc ne semble pas aller : Yannick ne décroche pas un mot. Bon, pour ceux qui le connaissent, c'est pas non plus un grand bavard, surtout en course, alors je ne m'inquiète pas. Enfin, je ne m'inquiète pas jusqu'à ce qu'on arrive à un chemin où il se met à marcher juste avant de s'arrêter. Mais que se passe t-il ?
Il n'arrive pas à reprendre son souffle, a les jambes lourdes, la gorge serrée. Et bien sur on a oublié ses anti-histaminiques... On arrive au ravito, c'est très bien ça, on va pouvoir se refaire une santé. Même pas 5km au compteur, et les coureurs passent devant nous, par dizaines. Moi je reste avec lui, hors de question que je l'abandonne. Il est grognon, il grince des dents, ronchonne, m'engueule bien, et finalement il me convainc qu'il va légèrement mieux et qu'il préfère que je parte devant et que je fasse ma course. Je finis par céder, mais c'est le coeur bien lourd que je repars sans lui.
C'est le début d'une nouvelle course. Je pars de loin, dans les derniers je pense, nous avons perdu un peu de temps, et moi je n'ai pas la tête à faire une remontée fulgurante. Les 5 premiers kilomètres offrent des panoramas splendides, sur la mer et sur les îles Sanguinaires, notre but ultime. Le sentier sur les crêtes continue à m'émerveiller. Du roulant, du moins roulant, et quelques passages techniques. Ca donne plutôt envie de prendre son temps tout ça.

Au 7ème kilomètre, je m'engage dans une descente technique qui me rappelle mes sentiers autour du Pic Saint Loup. Avis aux montpelliérains ! Je double quelques coureurs qui me laissent gentiment passer et je prends un grand plaisir à descendre. Après une nouvelle petite grimpette (bien raide celle là !) au 10ème kilomètre, je m'arrête au ravito. Pour me restaurer, boire et remplir ma bouteille. Et puis pour appeler Yannick. Mais aucune nouvelle. Il ne répond pas. Je ne vous explique même pas l'angoisse. J'attends un peu, me disant "il va bien finir par me rappeler". Mais rien. Je décide de repartir mais ça me met un coup au moral et j'envoies des sms à ma maman dans ce sens. Elle me remonte le moral et je trottine dans ce sous bois où finalement je me retrouve seule sur près de 3km. 

Vers le 15ème kilomètre, c'est un tout autre paysage qui se dévoile : la mer et la côte sauvage ouest de l'île. Là je reçois (enfin) un message de Yannick : il va mieux et fait sa course tranquillement. Ouf, et ben ce n'est pas trop tôt. Je me remets dans la course, et longe cette côte avec en ligne de mire : les îles Sanguinaires.
C'est magnifique ! Je n'en reviens pas, et même si les kilomètres précédents étaient un peu monotones, ici je change complètement d'avis et me dis que j'ai une chance incroyable de courir là. Dans les faux plats montants et descendants, j'ai les jambes un peu lourdes mais j'arrive à relancer et à maintenir un petit rythme régulier. Aucune envie de manquer la barrière horaire aux îles ! D'autant plus depuis que je sais que Yannick va mieux.

J'arrive au ravitaillement, je vois une foule de touristes et de nombreux coureurs qui en finissent avec le tour des îles. Moi je vais seulement le commencer... c'est un peu dur pour mon ego à ce moment là ! Bon, c'est pas grave, je papote avec deux gars qui eux aussi sont émerveillés devant la beauté du site. Le tour se fait relativement vite, mais en arrivant de nouveau au ravito j'aperçois... Yannick ! Il m'attend, il a abandonné...
C'est difficile de se dire que l'on est parti ensemble mais que l'on ne finira pas à deux... Il trouve les mots pour m'encourager et ne pas m'inquiéter. Ok je vais finir ! Enfin, ces quelques mots annoncés dans un moment d'engouement s'estompent dès que je me remémore le profil de la course. Oui, une montée de 500m de D+ nous attend d'ici quelques kilomètres... Nous sommes à 25km, il fait chaud et je sens que ce n'est pas gagné.

Heureusement, à ce moment là je ne suis pas seule. Je fais désormais la course accompagnée de 3-4 coureurs avec qui on va se relayer sur le poste de tire-file. Heureusement que je ne suis pas seule, je débarque dans un de ces moments où les jambes n'ont plus la force de courir. Elles veulent marcher. "Oui, m'enfin, mes gambettes, faut tout de même rentrer jusqu'à Ajaccio si vous voulez vous reposer ensuite !"

Cette montée... interminable ! Je ne sais pas pourquoi mais je n'ai plus de jus ! J'essaies de garder en tête des pensées positives. Pensées positives... "merde, mais pourquoi tu t'es inscrite ?" "plus jamais de si longues distances" "p'tain tu pouvais pas t'entraîner un peu mieux !" "mais en plus, il reste une montée sèche juste avant l'arrivée non ?" "il n'y a pas une route dans les parages où Yannick peut venir me récupérer ?" "ah mais mince si j'abandonne, ça va être un peu la honte vis à vis de tous les gens qui savent que je cours" "bon encore combien de D+ ?" "t'as fait que 100m??" Vous vous parlez à vous mêmes vous aussi en course ?
Quelques étourdissements (pourtant je m'alimente) plus tard, je finis par arriver sur les crêtes. Un parcours qu'on connaît puisqu'on y est déjà passé ce matin. Et ce matin, ça me paraissait moins long... étrange. J'avoue que je n'aime pas trop ce type de parcours où l'on repasse au même endroit. Mais bon, ici je pense qu'on n'a guère le choix, et un sentier pareil c'est quand même plus sympa qu'un gros chemin voire une route !

Je passe quelques coureurs, je comprends rapidement qu'il s'agit de coureurs du 23km. Ca descend un peu, j'essaies de relancer, de reprendre des forces mais je suis angoissée par la montée qui arrive ! Je vous explique même pas à quel point elle me rend malade. Passage au ravito, c'est Ok pour la dernière barrière horaire (c'est cool ça, plus d'excuse pour finir) et là ça descend. Ca descend, encore et encore. Sauf que, tout ce qu'on descend depuis le ravito, il faut le remonter. On descend jusqu'aux premiers immeubles en haut d'Ajaccio. Je suis abattue... Un peu plus de 200m de D+ à remonter, une montée sèche, type montée du Château de Montferrand pour ceux qui connaissent.

J'ai la tête qui tourne, je m'arrête, je m'assois et j'envoies un message à Yannick et à ma maman : je n'y arriverai pas, trop dur. Les larmes me montent aux yeux. "Je suis bête ou quoi ? Reste pas assise là ma fille, faut la finir cette course ! Bon, il est quelle heure ? 6h35 de course ? Et mais, ça peut le faire en moins de 7h ?" Je relance, pousse sur les cuisses, essaies de m'auto-persuader que tout va bien et arrive au ravito. Punaise, j'y suis, que de la descente maintenant, E N F I N !

J'arrive dans le bois des anglais, j'entends le speaker (c'est le meilleur moment des fins de course, vous ne trouvez pas ?), j'accélère un poil quand j'aperçois des spectateurs, je débarque sur le bitume et je découvre Yannick, changé et frais comme un gardon, qui m'encourage : voilà, j'y suis, punaise j'y suis arrivée ! Quelques escaliers, quelques marches à descendre en arrivant sur la place, je fonce sous l'arche au milieu d'une multitude de chauds applaudissements qui me remplissent d'émotions. Je m'effondre dans les bras de Yannick pour y verser quelques larmes.
 
Je pense qu'on ne se rend pas compte de jusqu'où le corps peut aller. Mais toute seule ce ne serait pas la même émotion. Les encouragements de mes parents, des amis coureurs du club et ceux de mon mari m'ont donné des forces que je ne pensais pas avoir. Même si à l'arrivée j'ai dit tout haut "je ne referai pas cette course", quelques semaines après vous vous doutez bien que je n'en pense pas tant 😉

Place maintenant aux prochains objectifs, à bientôt les amis 👋

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